Un dossier aussi long que les canines du vampire à dents de sabre

Il était une fois, une jeune fille qui vivait auprès de vampires depuis son enfance. Elle ne savait pas que ce n’était pas une situation normale—parce qu’elle n’avait jamais connu que ça.

Sa figure paternelle passait son temps à la rabaisser, à la critiquer. Des fois, à la frapper sans raison.

L’autre victime de la maison avait appris à fermer sa gueule, à pas faire de vagues, et donc cette jeune fille avait appris à faire pareil. Elle avait appris à vivre avec, ne sachant pas qu’ailleurs c’était complètement différent.

Et bien évidemment, elle continua à vivre à vivre avec un autre vampire à l’âge adulte. Elle ne voyait pas le mal là-dedans—c’était sa normalité à elle, son quotidien.

Son nouveau vampire était comme son père, au final. C’était un comportement attendu. C’était probablement comme ça dans toutes les relations—la dégradation graduelle de l’amour à la maltraitance. …Non?

Non??

Bon, tout le monde se doute bien que cette jeune fille c’est moi, hein. Je sais—je suis pas subtile.

J’ai vécu avec des vampires dans le monde réel la majorité de ma vie. Pas ceux des bouquins, films, ou séries—les vrais de vrais.

Ceux qui sucent l’énergie, le bonheur et la joie de vivre à la place du sang.

Sur la fin, avant ma libération, je ne dormais plus que d’un œil sur le canapé du salon… craignant que cette perte de contrôle sur ma personne ne fasse faire à mon vampire un geste regrettable.

J’ai passé de nombreuses années à me défaire de toutes les habitudes qui faisaient de moi une victime, et encore maintenant certaines réactions normales ne me viennent pas spontanément.

Je suis cependant un vieux croûton qui comprend mieux la normalité (enfin!), et j’ai fini avec une connaissance intime des prédateurs, de leurs stratégies contre leurs victimes, et des mécanismes d’emprise.

J’étais forte, avant qu’ils ne me sapent.

Je suis redevenue forte—pas grâce à eux et leurs mauvais traitements, mais bien malgré eux.

Et, en revenant à nos moutons, je pense qu’il y a des enseignements à en tirer pour vos parties de jeu de rôle—que vous ayez envie de jouer des vampires, ou que vous souhaitiez vous en débarrasser!

Je mets un petit avertissement sur la suite du contenu: je ne vais pas parler de choses graphiques, mais tout de même cela peut peut-être (re-)traumatiser certaines personnes, de revivre tout cela. Je sais que, personnellement, ça a le pouvoir le me chambouler encore dix ans après.

Prenez soin de vous—ne lisez la suite que si vous pensez que ça ne vous fera pas de mal!

Des vampires dans la vraie vie? Ça y est, elle a plus la lumière à tous les étages!

Évidemment, les vrais vampires ne boivent pas de sang et ne se transforment pas en chauve-souris (du moins, pas à ma connaissance… mais on se sait jamais, avec eux!).

Je dis les vrais vampires, en opposition aux vampires de fiction, vous l’aurez compris. Je parle de ceux que vous côtoyez, peut-être sans le savoir, dans votre vie de tous les jours. Ces membres de la famille qui rendent les repas ensemble une vraie corvée. Ces collègues qui vous pourrissent la vie et qui vous font aller au travail à reculons. Cette personne pour qui vous avez de l’affection, de l’amitié ou de l’amour, et qui vous rend malheureux. Il y a une chance qu’ils soient des vrais vampires… que vous vous en rendiez compte ou pas.

Qu’on les appelle des pervers narcissiques, des psychopathes, des sociopathes, des vampires énergétiques… On s’en fout de comment les nommer, au final, non? Laissons cela à ceux qui étudient la psychiatrie. C’est bonnet blanc et blanc bonnet pour moi, j’avoue, et je n’ai pas envie de rentrer dans les subtilités des différences entre chacun de ces troubles de la personnalité.

Il n’y a qu’une chose vraiment cruciale à savoir…

Les vrais vampires sont parmi nous.

Ils ont double face, à la fois séduisants et monstrueux. Ils vivent cachés, dissimulés derrière un masque, mais se reconnaissent facilement les uns les autres. Ils ont des façons de choisir leurs victimes, et de les contrôler.

Je suis une conteuse, et j’aime les histoires par-dessus tout. Je suis d’avis qu’on peut puiser de l’inspiration pour raconter des histoires à n’importe quelle source. Pourquoi pas avec une approche moderne et psychologique des vampires?

D’ailleurs, dans Vampire: la Mascarade, le sujet est très clairement abordé!

Vampire: La Mascarade

C’est écrit blanc sur noir: “la manipulation psychologique”!

Bien évidemment, cela ne nous empêchera pas de jouer nos vampires comme on a envie: comme les créatures de la nuit des films, livres, autres JDRs… comme Dracula, comme Lestat, comme Nosferatu, ou comme Kurt Barlow dans Salem’s Lot…

Mais on peut tout de même garder à l’esprit toutes les façons toxiques de procéder qu’ont les vrais vampires dans le monde réel, car ça ne peut qu’agrémenter notre roleplay.

À quoi reconnait-on les vrais vampires?

Dans les livres, les films, tout ça, on sait déjà comment les dépister. Les vampires de fiction ont peur des croix, ne mangent pas d’ail, ne peuvent pas traverser les cours d’eau, etc.—tout un paquet d’indices que les personnages n’hésitent pas à employer pour s’assurer qu’ils sont bien en présence de vampires.

Vous comme moi, si on devait investiguer un vampire, il serait bien mal barré. À l’instar des frères Winchester, on leur mettrait leur mère fissa, et après on irait se balader en voiture, en baffrant de la tarte, et en vivant notre bromance comme si y’avait pas de lendemain.

Photomontage tiré de la série TV Supernatural

Mais dans la vraie vie?

La plupart des gens ne savent pas repérer les vrais vampires. Même les geeks sont souvent incapables de croire à leur existence. Comme si le fait d’être humain au lieu de surnaturel empêchait de considérer le fait que quelqu’un puisse être un monstre derrière son masque.

Eh bien dans la vraie vie, les vrais vampires ont des traits et des façons de procéder qui font que quelqu’un qui fait confiance à son intuition—son *narc-dar*—est capable de mettre le doigt sur les vrais vampires.

Et ce qui nous intéresse, dans ce dossier—en plus d’informations qui pourraient vous faciliter, voire vous sauver la vie—, c’est que ces traits des vrais vampires peuvent être aussi, si vous le désirez, utilisés pour jouer des vampires dans le JDR.

Avertissement pour éviter les ouin-ouins inutiles: Il est bon de noter que, même si la grande majorité de ces vampires de la vie réelle sont des hommes (source), et que j’utilise le masculin dans cet article, les femmes aussi peuvent être coupables de ce genre de comportements, et peuvent être tout aussi dangereuses que les hommes.

Alors, si on a envie de jouer un vampire fictif avec l’exemple des vrais vampires, il y a plusieurs sources auxquelles s’abreuver, et j’espère que mon article va donner de l’eau à votre moulin rôlistique!

Les catégories des vrais vampires

Tous les vrais vampires ne se ressemblent pas. C’est une généralisation qu’il faut éviter de faire, car comme tous les êtres humains, ils vont avoir des différences dans leur mode d’opérer et dans leur personnalité. Cela dit, on peut dégager deux styles de vrais vampires, à titre d’exemple.

Les deux catégories les plus connus des vrais vampires sont:

  • les “grandioses”—adulés par leur famille dans l’enfance et surestimés par rapport aux autres, ils sont agressifs, dominants, et pensent qu’ils sont au-dessus des autres. Ils sont dominants, sûrs d’eux-mêmes, arrogants, exhibitionnistes et agressifs.
  • et les “vulnérables”—négligés ou abusés pendant l’enfance, ils oscillent entre se sentir meilleurs que les autres et se sentir inférieur à eux, s’offensant si on ne leur accorde pas un traitement spécial. On les reconnait par leur introversion, leurs émotions négatives, leur froideur, leur hostilité, leur besoin de reconnaissance, le fait qu’ils se croient tout permis, et leur égocentrisme.

Ces deux styles de vampires permettent de jouer des nuances dans le comportement de vos personnages—pouvant mener à des situations bien différentes selon si vous jouez un grandiose ou un vulnérable!

Comment les démasquer

Les signes qui pourraient permettre aux joueurs et joueuses de les jouer au plus près de ce que sont les vampires réels (ou de les repérer en tant que victimes!) sont multiples. Vous pouvez choisir parmi les comportement suivants:

  • ils croient que tout leur est dû—ils n’ont pas à suivre les règles, doivent être privilégiés par rapport à tout le monde, et on devrait leur obéir en tout point… sinon gare!
  • ce sont des manipulateurs—leur soif de contrôle sur autrui n’a pas de fin. Ils trouvent toujours l’angle d’attaque pour obtenir ce qu’ils veulent, et pour qu’on leur obéisse. Cajoleries, menaces voilées, tentatives de persuasion, tout est bon pour arriver à leurs fins.
  • ils ont besoin d’être admirés—ils trouvent des moyens d’être le centre de l’attention de tout le monde. Ils sont comme le coq dans la basse-cour, paradant, allant piquer les poules à droite à gauche, et lançant des cocoricos à tout va pour se faire remarquer. Même quand ils ne sont pas là on ne parle que d’eux. C’est d’ailleurs un signe certain pour les reconnaître! Que ce soit pour les encenser, pour médire sur eux, ou pour s’interroger sur leur comportement, ils sont de toutes les conversations.
  • ils manquent d’empathie—cruauté envers les animaux, phrases assassines envers leurs collègues, absence de sentiments lors d’un évènement tragique comme une mort dans la famille… tous ces signes sont, pour eux, non seulement attendus, mais ils s’en vantent, même! Ils ne sont pas soumis à leurs émotions comme le reste des mortels, eux. D’ailleurs, ils se comparent souvent à des robots, le tout dit avec un ton supérieur. Tout signe de sensibilité est une feinte, une ruse—une compétence qu’ils ont acquise pour manipuler autrui.
  • ils adorent voir les autres souffrir—en démolissant les autres, ils se sentent mieux. Supérieurs. Ils ont besoin que leurs victimes se noient pour se sentir vivants. Ils envient leur bonheur, qu’ils ne peuvent pas posséder de par leur nature, et qu’ils essaient inlassablement de leur dérober.
  • ils sont plein d’arrogance et se surestiment—leur ego est démesuré. À leurs yeux, ce sont eux les plus beaux et les plus enviés. Ils se croient capables de tout mieux faire que les autres, savent mieux que les experts dans n’importe quel domaine, et rabaissent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. C’est aussi pour cela qu’ils ne supportent pas de s’entendre dire leurs quatre vérités, même quand elles sont dites avec amour. La fameuse impossibilité du vampire de se voir dans le miroir?—à part pour s’admirer, évidemment.
  • les victimes, ce sont eux, pas vous—s’ils leur ont fait du mal, c’est de la faute de leur victime. S’ils ont dit quelque chose de blessant, c’est le choix de la victime de se sentir blessée. Ils ont dit une horreur? La victime a mal compris. Ils présentent de fausses excuses (”Je suis désolé que tu aies mal compris”). Ils projettent tous leurs défauts sur elles. D’ailleurs, c’est aussi comme cela que les victimes peuvent savoir de quelle façons ils sont en train de les trahir. Les vrais vampires les accusent de mentir parce ce sont eux les menteurs. Ils les accusent de tromperie parce que ce sont eux qui couchent ailleurs. Ils les accusent de vol parce que ce sont eux les voleurs.
  • ils dénigrent leur entourage—pas toujours face à face. Ils ont des tactiques pour dire des horreurs en les masquant derrière de “l’inquiétude” pour leurs victimes. Ils aiment dire qu’ils utilisent “la méthode douce mais ferme”, mais ce n’est jamais pour aider les personnes à qui ils s’adressent… c’est pour pouvoir mieux les contrôler ou les rabaisser, sous couvert d’une bienveillance dont ils ne sont pas capables!
  • ils mentent, et pas toujours très bien—mais toujours avec un grand aplomb. Ils se contredisent souvent, parce qu’ils mentent tellement souvent qu’ils n’arrivent pas à se rappeler de ce qu’ils ont dit. Mais ils comptent sur leur audace pour faire douter leurs victimes de votre propre santé mentale, en les assurant qu’elles ont mal compris (ou pire, que les victimes disent des mensonges pour leur faire du mal à eux). Et ça marche!
  • ils savent quoi dire ou faire pour séduire—ils ont un radar à trouver les failles émotionnelles chez les personnes en face. Et ils comblent ces failles sans coup férir… au début. Par la suite, ils utilisent ces failles pour détruire leurs victimes. En plus de cette phase de séduction initiale, ils sont généralement charmants en société, et ce faisant personne ne veut croire que leurs agissements sont cruels ou dangereux avec leurs victimes en privé.
  • ils ont une moralité douteuse—et ce, alors même qu’ils proclament haut et fort leurs valeurs! Ils s’entourent de personnes qui sont aussi douteuses qu’eux moralement, voire ouvertement malhonnêtes, afin de gagner des avantages ou du pouvoir sur les autres.
  • ils limitent les dégâts à l’avance, car leur réputation les précède—toute personne susceptible de voir à travers leur masque se retrouve expulsée de leur vie, ou—s’ils ne peuvent pas l’éjecter facilement—se trouve accusée de tous les maux. Et c’est facile pour eux, parce que dès le début de leur relation avec cette victime, ils vont saper sa réputation en lui attribuant tous leurs défauts, ou carrément en mentant. Ainsi, tout le monde les plaint, les trouve courageux de supporter cela, et au final les gens sont de leur côté si jamais il viennent à être démasqués par ladite victime (ou si leur vient l’envie de s’en débarrasser pour une nouvelle victime).
  • leur but est d’isoler—pour asseoir leur emprise, c’est plus simple si leur victime n’a pas de réseau de soutien. Que ce soit en l’emmenant loin de sa famille et de ses amis, en lui faisant du chantage affectif, ou carrément en semant la zizanie entre elle et ses proches, le vrai vampire trouvera un moyen pour n’être que le seul soutien—et bourreau—dans la vie de sa victime. Il s’arrange pour qu’elle ne puisse pas s’échapper, et la rend dépendante de lui par tous les moyens.
  • leur langage est pervers—ils manient superbement l’ambiguïté pour pouvoir influencer leur narration. Son but: embrouiller l’esprit de leur victime. Changements abrupts de sujet, culpabilisation, apitoiement sur leur propre sort, tout est bon pour garder le dessus dans la conversation.
  • ils s’assurent que leur victime reste en position de faiblesse—ils poussent la victime à adopter, petit à petit, une vision faussée d’elle-même, afin qu’elle reste sous leur coupe. Ils souhaitent qu’elle se sente redevable envers eux.
  • ils drainent les autres—pas de leur sang, cette fois, mais de leur énergie. Leurs victimes sont épuisées, et cessent peu à peu de résister à leur manipulation. Elles se laissent rabaisser, car toute tentative de se défendre amènera un déversement de mauvais traitements.

Les vrai vampires ont-ils une maladie mentale?

Il parait que c’est un trouble mental, cette toxicité—ce vampirisme sans consommation de sang.

Si jamais vous voulez aller plus loin dans ces découvertes, il y a une entrée à leur sujet dans le DSM-V (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, ou Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques en Français). Ils sont référencés—non pas sous “vampires” évidemment—sous le trouble de la personnalité Anti-Social Personality Disorder (ASPD) par l’American Psychiatric Association (APA).

Je suis la maman neuroatypique de deux jeunes adolescents autistes. Comme vous pouvez l’imaginer, je suis donc très sensible à tout ce qui concerne le handicap et la différence, et je suis une personne qui cherche à avoir un maximum d’empathie et de respect pour tous et toutes.

C’est cela dit un point de non-retour en ce qui me concerne, ces vrais vampires. Si une partie de leur être n’y peut rien (ils sont le produit de leur nature et de leur enfance), je suis intimement convaincue que les vrais vampires savent exactement ce qu’ils font—c’est juste qu’ils ne pensent pas que ça soit un problème, vu qu’eux-mêmes n’ont pas d’empathie.

Pourquoi j’en suis convaincue? Parce qu’ils abusent leurs victimes en privé. Ils savent que c’est socialement inacceptable. Ils savent que sans leur masque et le soin qu’ils donnent à leur réputation, tout le monde les fuiraient.

Et s’ils savent que c’est mal, ils savent aussi qu’ils ne devraient pas le faire.

J’ai donc un capital de sympathie *extrêmement* minimal pour leurs difficultés. Infinitésimal. Non-existant?

J’en ai trop souffert, et je passe le flambeau de la tolérance aux personnes qui n’ont pas eu à pâtir de ces vampires tout au long de leur vie. Je leur souhaite bonne chance, et bien de la patience!

Les stratégies des vrais vampires

Si vous jouez un vampire basé sur les vrais vampires, il y a de quoi utiliser les stratégies suivantes pour enrichir votre gameplay. Attention, cela dit, car si vous y allez à fond, cela risque de devenir rapidement très stressant et fatiguant pour les autres joueurs et MJs.

Les vrais vampires ont un vrai arsenal psychologique à leur disposition:

  • le gaslighting: un terme venant du film Gaslight. Il y a plusieurs versions du film, ma préféré restant Hantise avec Ingrid Bergman. La stratégie consiste à pousser la victime à douter d’elle-même, à manipuler les situations pour qu’elle pense devenir folle, ou croit perdre la mémoire. Le résultat recherché est de lui faire perdre confiance en ses capacités, et à la pousser à faire confiance et à obéir automatiquement à tout ce que dit le vampire.
  • la triangulation: lorsque la victime n’est pas en accord avec le vampire, ce dernier inclus une troisième personne dans la conversation ou dans la dispute pour faire pencher la balance de son côté. Évidemment, le vampire choisit une personne qu’il sait être d’accord avec lui… ou même carrément, ment à cette personne en lui donnant de fausses informations au préalable, condamnant la victime et ses actions, pour les influencer et les mettre dans sa poche. La triangulation a un but précis: habituer la victime à cesser de contredire son vampire. Cela augmente son emprise et contrôle sur elle, et l’isole au passage. Petit à petit, cela devient trop épuisant moralement d’essayer d’argumenter, et la victime cesse tout simplement de résister.
  • la projection: on en parlait plus haut—ce sont eux les victimes, pas vous. La projection est un mécanisme de défense psychologique. Le vampire attribue ses propres défauts de caractères à sa victime. C’est un moyen d’éviter de regarder en face leurs propres actions. Cela marche car les vampires choisissent leurs victimes—entre autres—pour leur grande empathie et leur capacité à se remettre en question… tout le reste n’est qu’une question d’habituer la victime à accepter graduellement les mauvais traitement du vampire, souvent par fatigue ou en jouant sur sa mauvaise image d’elle-même.
  • le contrôle: les vampires ont besoin de contrôler leur victime, afin qu’elle reste sous leur coupe. Cela peut être un contrôle émotionnel, mais aussi des contrôles plus matériels comme un contrôle financier, ou les pousser à arrêter ou rater leur éducation. Les vampires essaient d’avoir le plus d’ascendant possible sur leur victime, accumulant les différentes sortes de contrôle “pour leur bien” de façon sournoise, et resserrant leur piège sur elle petit à petit.
  • l’insulte: oh, ils ne passent pas immédiatement aux gros mots—d’ailleurs, si au départ les vrais vampires approchaient leurs victimes en les traitant de tous les noms et en leur foutant un gnon, ça serait beaucoup plus facile pour elles de choisir de les éviter à l’avenir. Non, les insultes sont tout d’abord des remarques négatives sur la personnalité ou le comportement de la victime. Leur but est de rabaisser la victime, de la faire se sentir moins bien que les autres. C’est un travail de sape insidieux, où le vampire tâtonne pour trouver les limites de sa victime, et les franchir de façon graduelle. Petit à petit, les vampires les convainquent qu’elles ne méritent pas d’être mieux traitées. Puis, la fréquence et l’intensité de ces insultes augmente, la victime devenant habituée et presque “insensibilisée”. C’est devenu leur “normalité”.
  • les généralisations: les vampires n’hésitent pas à généraliser. “Toutes les [groupe de personne auquel appartient la victime] sont/font [comportement que n’aime pas le vampire]”. Cela mène la victime, qui est généralement un béni-oui-oui (et je dis ça avec la plus grande affection possible—j’étais exactement dans le même cas), à essayer de changer son comportement pour lui faire plaisir ou se conformer à ce que le vampire souhaite (voire même encore, pour lui prouver tort). Cela la rend forcément encore plus facilement manipulable pour le vampire.
  • changer les objectifs: le vampire change les règles au fur et à mesure pour empêcher la victime de réussir. Il lui annonce que son succès n’en est pas un car il lui manque un élément quelconque, qui selon lui la disqualifie, même si son succès est reconnu par tous les autres. En faisant cela, il maintient sa victime dans un contrôle continuel, car elle va tout faire pour gagner son approbation.
  • le love-bombing: c’est une explosion d’amour, d’attention de la part du vampire. Ils passent un temps excessif à lui faire éprouver d’intenses émotions, à les couvrir de cadeaux, ou à leur faire des déclarations d’admiration sans fin. Le vampire s’en sert pour construire une confiance et une intimité rapide, où la victime se sentira désirée. Cela assure sa dévotion au vampire. La victime continuera le reste de sa vie à chercher cette intensité “idéale”, que le vampire va lui retirer dès qu’il la saura “acquise”. Le vampire peut retourner à une phase de love-bombing s’il sent que sa victime risque de s’échapper de son emprise—mais cela ne dure jamais. C’est un cycle d’intense amour/haine, dont la phase de bonheur s’amenuise comme peau de chagrin très rapidement.
  • changer de sujet: si la victime a le malheur de recevoir un compliment d’autrui, le vampire va changer immédiatement de conversation afin qu’elle ne puisse pas réparer sa confiance en soi. Son but est que la victime continue à douter d’elle-même—de ses capacités, de son intelligence—pour pouvoir asseoir son contrôle sur elle plus longtemps.
  • la salade de mots—le “word salad” en anglais. Lors d’une dispute, si la victime a l’audace de faire un reproche—même une critique constructive—au vampire, celui-ci va rediriger la discussion sur un autre sujet. Les reproches—basés sur toutes les erreurs, vraies ou inventées, de la victime, mais aucunement le sujet initial—vont défiler, laissant à peine le temps à la victime d’argumenter ou de se défendre. Enfin, lorsque l’argument du début—qui n’a pas été résolu—est remis sur la table, ces reproches referont leur apparition, comme si la victime n’avait pas passé la dernière heure à s’expliquer et se justifier à leur propos. C’est une stratégie de sape. La victime perd son temps et son énergie, et au final abandonne la partie, cédant la victoire au vampire. Cela lui apprend à ne pas critiquer le vampire, ou à ne pas lui demander de changement ou de comptes.
  • les flying monkeys: Oui, comme dans le magicien d’Oz, où les singes ailés sont ensorcelés par la Méchante Sorcière de l’Ouest pour harceler Dorothy et ses amis. Le terme “singes volants” a été repris en psychologie—ce sont les envoyés du vrai vampire. Ils sont sous son emprise aussi, manipulés, trompés, et utilisés pour saper encore plus la victime. Le pire, c’est que ces singes volants sont souvent des gens comme vous et moi. Ce ne sont pas des gens mauvais—ce sont des gens qui sont dupés. Parfois, ces singes volants sont des gens qui cherchent à “maintenir la paix” et qui croient le vampire car c’est celui qui leur a parlé en premier (et parfois depuis des semaines, car le vrai vampire commence son travail de sape très tôt dans la relation, il n’attend pas le dernier moment pour semer le trouble dans les esprits des gens qui pourraient prendre le parti de la victime). Comme c’est très difficile d’expliquer l’emprise à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu, les singes volants ne croient pas un instant que le vampire—cette séduisante, charmante, agréable personne—puisse être cet être vil et gluant à l’intérieur. D’ailleurs, les victimes n’en parlent généralement pas, pour s’éviter plus de problèmes—la loi du silence est reine quand on est sous l’emprise d’un vampire.
  • appuyer sur les insécurités de la victime: le vampire sait culpabiliser et faire honte à sa victime. Durant la phase de love-bombing, il a appris toutes ses faiblesses, et a trouvé les boutons sur lesquels appuyer pour lui faire du mal. Cela lui permet de la contrôler plus facilement.
  • faire la tête: même si souvent le silence peut être une réponse instinctive tout à fait normale face à une surcharge émotionnelle, les vrais vampires l’utilisent comme tactique pour manipuler les autres. Ils ferment toute porte de communication pour punir leur victime. Cela inclut la communication orale, mais aussi l’intimité ou l’affection.
  • être passif-aggressif: les vrais vampires ont le chic pour dire des horreurs sans avoir l’air de les dire. Ils manient le sarcasme, les vacheries, pour garder leur victime dans un état constant de questionnement. Cette dernière va passer tout son temps à essayer d’être à l’écoute et d’anticiper les besoins de leur vampire—n’en ayant finalement plus pour évaluer leurs propres sentiments face à cette relation.
  • être méprisant ou rabaissant: en groupe, le vampire va, sans en avoir l’air, rabaisser sa victime et ce qu’elle dit (ou ses accomplissements) pour garder le contrôle sur elle. Le but est qu’elle se sente indigne de l’attention et de la considération des autres.
  • traiter sa victime comme une enfant: en l’infantilisant, le vampire pousse sa victime à croire qu’elle n’est pas capable de gérer les responsabilités, ou qu’elle est incapable de faire certaines choses. Cette technique de sape accroit le contrôle du vrai vampire sur sa victime, qui ne se croira pas capable d’échapper à son emprise—si seulement l’idée lui en venait.
  • utiliser la culpabilisation: si la victime a le malheur d’ouvrir la bouche pour se plaindre des mauvais traitements dont elle est la cible, le vampire va la convaincre que c’est de sa faute—jouant encore sur les grandes capacités de remise en question de leur victime. C’est très difficile de sortir de ce schéma. Ma devise, c’est: “quand il y a culpabilisation, il y a manipulation”.
  • utiliser la contrainte ou les menaces: on y vient—c’est quand le vampire se sent sûr de son contrôle sur la victime. Il n’hésite pas à obliger celle-ci à lui obéir, faisant des menaces à peine couvertes, faisant des privations tant qu’elle n’a pas suivi ses instructions… voire même en allant jusqu’à menacer de se suicider.

Bien entendu, vous n’êtes pas obligé de pousser le vice à utiliser toutes ces stratégies—mais en choisir quelques unes ajoutera à l’authenticité de votre roleplay.

La vie en groupe des vrais vampires

On pourrait croire que les vrais vampires ne vivent pas vraiment les uns avec les autres, sauf dans de rares exceptions, parce qu’ils ne supporteraient pas de devoir se battre pour être le centre de l’attention, avec d’autres vampires qui font exactement les mêmes crasses qu’eux.

Mais apparemment, ils sont souvent de mèche. Ils ont tendance à être, d’ailleurs, les seuls à pouvoir cohabiter tranquillement avec leurs pairs. Ils supportent mieux les tendances cruelles et narcissiques des autres, et se renforcent dans ces comportements les uns les autres.

Ce n’est pas une réelle relation—ils ont d’ailleurs beaucoup de mal à garder des relations sur le long terme. C’est plus un contrat social: ils ont un contrat moral implicite de se mettre l’un l’autre sur un piédestal, de se gonfler l’ego mutuellement, et cela peut fonctionner tant qu’aucune critique n’est émise et qu’ils s’acceptent l’un l’autre de manière inconditionnelle. Il n’y a pas de réelle affection entre eux, et leur attachement l’un à l’autre n’existe que pour combler leurs besoins narcissiques.

Ils sont unis pour tomber sur une victime résistante à bras raccourcis. Ils vont utiliser toutes leurs stratégies pour attaquer de tous côtés et épuiser la personne qui a vu clair dans leur jeu. Leur but n’est alors plus la récupération du contrôle sur la victime, c’est l’anéantissement de celle qui les a démasqués—et qui ne sera donc plus jamais dupable.

Ils vont s’entourer d’un maximum de singes volants, pour faire le plus de dégâts possible.

Quand ils ne se supportent plus entre vrais vampires, ils chercheront à se détruire les uns les autres. Les vampires ne sont pas rationnels, aucun d’entre eux ne cédera. Il ne peut y avoir qu’un gagnant, alors ils continueront à se faire des crasses jusqu’à ce que l’un d’entre eux soit anéanti aux yeux de la société et qu’il doive aller se réinventer ailleurs.

Cela n’est pourtant aucunement une garantie que les combats entre eux s’en terminera là. Il n’est pas inhabituel que, temporairement désœuvré entre deux victimes, le vrai vampire ne cherche à nuire à des personnes de son passé. Il faut bien occuper ses journées!

Les victimes des vrais vampires

Et même si on joue des vampires au JDR, c’est bon de savoir certaines choses sur leurs victimes. Que ce soit parce que vous en jouez une (avant la transformation), parce que c’est vous qui menez le jeu, ou tout simplement parce que votre curiosité l’emporte et que vous voulez en savoir plus, voici ce que je pense important de savoir concernant les victimes des vrais vampires.

Comment ils choisissent leurs victimes idéales

Le problème des vrais vampires, c’est qu’ils sont vides de valeurs. Ils ont besoin de dévorer quelqu’un d’autre pour avoir l’impression d’exister. Comme les vampires de fictions se nourrissent du sang de leur victime, les vrais vampires pompent l’énergie, les qualités, la personnalité de la leur.

Une victime idéale, c’est:

  • quelqu’un qui a beaucoup d’empathie—même trop, au point de s’effacer, de donner sa chemise, de faire passer les autres toujours avant elle-même.
  • quelqu’un qui a des valeurs—que le vampire va pouvoir s’approprier, tout en tentant de souiller sa victime.
  • un “trophée”—le vrai vampire aime être admiré, et choisira une victime qui fera bisquer les autres (par son charme, son intelligence, son humour, ou toute autre qualité prisée dans le cercle dans lequel il évolue).
  • quelqu’un qui ne sait pas poser de limites—qui dit oui à tout pour faire plaisir aux autres, qui ne se défend pas, qui se laisse marcher sur les pieds sans rien oser dire.
  • quelqu’un qui n’y connait rien en troubles de la personnalité—le vrai vampire ne veut pas risquer de se faire démasquer. Cela dit, les grandioses peuvent y voir un challenge! Comme ils se pensent supérieurement intelligents, certains d’entre eux peuvent prendre la décision de tenter quand même le coup, comptant sur leurs capacités pour duper une personne ayant ces connaissances-là.
  • quelqu’un qui a déjà vécu des sévices psychologiques—notamment dans son enfance. Dans ces cas-là c’est du pain béni pour les vrais vampires. Et le plus important, c’est qu’elle n’ait a pas tiré un enseignement par la suite. Cette victime a une connaissance intime des vrais vampires, tout en refusant de croire à leur existence, et en tendant le cou pour se faire vampiriser.

Les vrais vampires ont besoin de l’énergie, de la passion, de l’amour inconditionnel de leurs victimes. Ils ont besoin de sucer tout ce qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes, jusqu’à plus soif. Les victimes deviennent une coquille quasiment vide, facilement contrôlable, maltraitables à merci. C’est un excellent moyen, au passage, pour que les vrais vampires se fassent plaindre par leur entourage—quel courage, quelle abnégation, de supporter cette victime qui se laisse aller et n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était! Cela comble leur besoin d’admiration et d’attention.

Comment ils attirent les victimes dans leurs filets

Les vrais vampires sont comme des caméléons. Ils remplissent leur coquille vide par une image de leur victime. Ils se transforment en miroir pour mieux la capturer. Ils montrent à leur victime ce qu’elle a envie de voir—souvent, elle-même.

Besoin d’amour et d’attention? Le vampire en déversera tant que la victime aura du mal à en croire sa chance. Ils sont extrêmement doués pour créer une intimité, un monde partagé par lui et sa victime seulement, qui provoque des sentiments d’euphorie chez celle-ci. Tout ça pour mieux l’en priver par la suite, pour la punir.

Ils savent montrer du charme, de l’attention, de la générosité envers leur victime. Leur sourire illumine sa vie… jusqu’à ce que la victime soit considérée comme “acquise”.

Mais cela fonctionne aussi dans d’autres relations que les relations amoureuses. Et quelque soit cette relation, aucune victime n’en sort jamais indemne.

L’état dans lequel ils mettent leurs victimes

J’ai l’impression que, dans les films ou les livres axés sur les vampires, on fait souvent peu cas de l’état psychologique de leurs victimes. Elles sont là comme un mécanisme de narration, pour montrer que les vampires sont des monstres qui boivent leur sang et utilisent leurs corps, mais on s’arrête peu sur l’étendue des dommages psychologiques qu’ils leur infligent.

Si on se base sur l’état dans lequel se retrouve les victimes des vrais vampires, pour donner un goût de véracité à nos histoires, on peut puiser dans l’assortiment de réactions de ses victimes de la vraie vie. Qu’elles soient au bout du rouleau, ou encore fraîchement sous l’emprise du vampire, voici quelques réactions que peuvent avoir les victimes dans vos parties de jeu de rôle:

  • elles sont épuisées—le vrai vampire est boosté par l’idée de nuire. Porté par cette énergie, il peut s’assurer que sa victime n’ait pas le temps de se reposer ou de se divertir. Il la réveille plusieurs fois par nuit, rajoute des items à sa liste de chose à faire, fait du bruit excessif pour qu’elle ne puisse pas profiter d’un instant de calme, etc. De plus, les victimes ne se reposent plus, par peur qu’on leur reproche de mal faire.
  • elles ne savent plus qui elles sont, elles ne se reconnaissent plus—elles se sont faites vampiriser de toute leur personnalité et de toute leur énergie. Elles font tellement confiance au vrai vampire qu’elles le croient quand il les dénigre.
  • elles marchent tout le temps sur des œufs—peur de mal faire, peur de la colère du vrai vampire, peur de se tromper… Les victimes prennent toutes les précautions pour garder la paix. Dommage que ça ne marche jamais!
  • elles se sentent isolées—entre les campagnes de diffamation du vrai vampire, et le fait qu’il les éloigne de leurs familles et de leurs amis (physiquement, en les faisant déménager, ou en semant la zizanie dans leurs relations), les victimes ne savent pas vers qui se tourner pour obtenir de l’écoute.
  • elles ont beaucoup de mal à prendre des décisions—c’est lié aux critiques constantes et au dénigrement que subit la victime. Cela devient alors difficile pour elle de se faire confiance, vu le peu d’estime qu’elle se porte. Le vrai vampire va lui faire croire qu’elle n’est pas capable de faire de bons choix, afin de la garder sous son contrôle.
  • elles ont des symptômes physiques—changement dans leur appétit, maux de ventre, nausées, insomnie, fatigue, maux musculaires, douleurs diverses. Leur corps essaie de leur signaler que tout ce stress n’est pas bon pour elles.
  • elles sont incapables de poser des limites—le peu qu’elles avaient la capacité de poser au départ, déjà. Le vrai vampire va punir la victime, la pousser dans ses retranchements, l’épuiser, jusqu’à ce qu’elle ne pose plus de limites du tout.
  • elles sont anxieuses et dépressives—la victime ne sait jamais à quoi s’attendre de la part du vrai vampire. Elle s’inquiète, est nerveuse, a peur. C’est difficile pour elle de garder quand elle croit n’avoir aucune valeur. Elle perd son intérêt envers ce qui la rendait heureuse avant. Elle abandonne tout espoir d’un avenir meilleur, se sentant piégée.

C’est difficile de trouver des histoires de vampires avec des victimes “réalistes”.

Un des meilleurs exemples basés sur les vrais vampires, pour moi, est la relation entre Buffy et Angelus, qui lui fait subir d’innombrables sévices psychologiques en profitant du fait qu’elle l’aime toujours. Buffy passe par de nombreuses phases où elle devient la victime d’Angelus. Sa vocation de Tueuse l’isole du reste de la société, mais elle n’est pas réellement seule avec le Scooby Gang… la plupart du temps. Au final, face à Angelus, elle se retrouve seule.

Image tirée de Buffy the Vampire Slayer

Mais Buffy est une super-héroïne. Angelus a beau saper sa confiance en elle, essayer de l’isoler de ses amis (allant jusqu’au meurtre de sa professeure), jouer avec ses sentiments, profiter de son amour pour lui, elle a une force intérieure surhumaine, équivalente à sa force physique.

Ses circonstances ne sont pas comparables avec celles d’une victime humaine.

Comment les vrais vampires empêchent leurs victimes de partir

Le vrai vampire a souvent de nombreuses victimes en rotation. Il a sa victime actuelle et tout un tas de victimes passées ou potentielles, avec lesquelles il cycle. On n’est jamais réellement libérée d’un vrai vampire, à moins d’arriver à partir loin et changer de nom. Mais le vrai vampire a généralement une victime principale à laquelle il dévoue le plus de temps (généralement, celle qui lui donne le meilleur status social). Voici quelques façons dont il l’empêche de partir:

  • le “crazy making—le vrai vampire est hyper doué pour lancer des piques en sous-marin. Il arrive à insulter sa victime sans en avoir l’air, et aime le faire en présence d’autres personnes. Comme cela, quand la victime réagit, si elle a le malheur de se mettre en colère, c’est elle qui passe pour une caractérielle—car elle est la seule à percevoir le sens derrière les paroles du vrai vampire. Celui-ci s’en réjouit, car cela joue parfaitement dans sa campagne de diffamation secrète.
  • la loi du silence—c’est déjà très difficile d’avouer qu’on est une personne maltraitée. De plus, le vrai vampire passe son temps à renverser les rôles, et à accuser sa victime de tous les maux—du coup celle-ci doute d’elle-même. Grâce à son travail de sape envers sa victime, le vrai vampire s’assure qu’elle est déjà discréditée aux yeux de son entourage. La victime se rend vite compte que, quoi qu’elle dise, cela ne fait qu’empirer sa situation: son entourage la critique ou ne la croit pas, le vampire la punit d’avoir parlé, personne ne la croit, et personne ne lui tend la main. C’est plus sûr pour elle , et moins épuisant, de ne rien dire et de souffrir en silence—d’abandonner l’idée d’avoir une quelconque personnalité propre. Toute tentative de s’échapper devient du coup une vraie montagne à franchir.
  • le contrôle—le vrai vampire va établir son contrôle sur sa victime de plusieurs façons. Cela peut être un contrôle financier, en la poussant à arrêter de travailler, ou académique, en s’arrangeant pour qu’elle ne réussisse pas ses études. Certains vampires profitent aussi de leur status dans leur communauté spirituelle pour intimider leur victime.
  • le discrédit—un vrai vampire ne va jamais en thérapie. Pour lui, c’est la victime le problème, lui est parfait. Mais s’il sent que sa victime commence à lui échapper, il va aller en thérapie de couple. Seulement, cela ne peut jamais marcher. Le vrai vampire va séduire le psychologue en face, mentir, tourner la faute sur la victime, s’inventer des raisons valables pour ses actions… son but n’est de toute façon pas de faire fonctionner la relation—c’est de maintenir son contrôle sur la victime, qui va la plupart du temps se retrouver abandonnée et trahie par le thérapeute. La plupart des thérapeutes ne sont pas formés pour cela, et se font duper facilement par les vrais vampires.
  • la peur—le vrai vampire peut aussi la contrôler par la peur, avec des abus physiques ou sexuels. Il peut menacer sa victime de mort pour la dissuader de partir.
  • Chucknesmée

    les liens indestructibles—notamment, les enfants en commun. Les tribunaux n’écoutent pas les parents victimes de leur conjoint vampire, et les vrais vampires en jouent en obligeant les victimes à rester, sous risque de perdre l’accès à leurs enfants. Ceci est moins utilisable dans le cadre d’une partie de JDR (les vampires peuvent-ils avoir des enfants avec leurs victimes? Euh… Renesmée?!), mais il existe certainement certains autres liens à utiliser. Pourquoi pas une addiction au sang du vampire? La connaissance d’un crime auquel la victime a participé—volontairement ou non?

Le vrai vampire garde autant d’as que nécessaire dans sa manche. Il ne supporte pas d’être écarté par ses victimes, et peut aller très loin pour garder un contrôle sur elles—ne serait-ce que d’avoir le plaisir de contrôler leurs émotions, en trouvant des moyens de leur faire peur, de les mettre en colère, etc. même si elles ont réussi à partir.

Comment jouer un vampire de fiction en s’inspirant des vrais vampires?

Alors, comment utiliser toutes ces informations pour donner encore plus de saveur à nos vampires fictifs?

Dans le jeu de rôle Vampire, il y a des traditions—des coutumes ancestrales qui sont plus ou moins mises en vigueur selon le prince de l’endroit où vous êtes. C’est un peu la loi des vampires, si vous voulez. Tous les vampires de la Camarilla doivent les respecter.

Les deux traditions qui peuvent s’appliquer aux vrais vampires

  • la mascaradeTu ne révèleras point ta vraie nature à ceux qui ne sont pas du Sang. C’est évidemment une règle très importante, quand on veut éviter que toute la rue ne soit au courant qu’on est un monstre. C’est aussi crucial pour les vrais vampires, pour qui leur réputation est de la plus haute importance. Alors, s’ils traumatisent leurs victimes lorsque les portes sont closes, face au reste de la société ils font tout leur possible pour paraître les meilleurs. On dit souvent d’ailleurs qu’ils portent un masque.
  • le domaineLes affaires de ton domaine ne regardent que toi. On revient sur la loi du silence évoquée plus haut. Les victimes des vrais vampires ont peur de parler. Elles ont été habituées à être sévèrement punies quand elles ont l’audace de se confier. Cela leur retombe systématiquement dessus. Elles ne savent pas à qui se fier, et leur intuition leur dit que personne ne va les protéger—souvent à raison.

Le golden child et le scapegoat

Lorsque le vrai vampire a des enfants, il en favorise souvent un—celui qui, de par son caractère ou ses qualités, peut amener le plus d’admiration au vrai vampire. Celui-ci est considéré comme le préféré, le *golden child*.

Dans les fratries, il y a aussi souvent le bouc émissaire, le *scapegoat*. Celui-ci est toujours comparé au golden child, rabaissé, ignoré, dénigré. Cela provoque souvent des rancunes parmi les frères et soeurs. Le vrai vampire se sert de cette triangulation pour semer la zizanie et se nourrir de l’énergie dépensée par ses enfants pour lui plaire—ou tout simplement, se réjouir du contrôle qu’il a sur son entourage.

Cela pourrait être un duo de PJ intéressant, non? Cette dynamique est parfaite pour créer des histoires (conflit indirect, triangulation). Deux vampires créés en même temps, l’un qui a toutes les opportunités, obtient toutes les faveurs, a tous les droits, et l’autre qui reçoit tous les reproches, l’indifférence.

On retrouve cette dynamique dans beaucoup de films et séries télé, vous pouvez vous en inspirer facilement, tout en les adaptant au monde de Vampire. Souvent, ce sont des comédies… alors que cette dynamique est souvent tragique, au moins pour l’un des deux enfants concernés.

  • Monica et Ross Geller, dans Friends
  • Nellie et Willie Olson, dans La petite maison dans la prairie
  • Boromir et Faramir, dans Lord of the Rings

L’impunité des vampires

  • dans vraie vie—les vrais vampires ne sont quasiment jamais inquiétés. La plupart des gens, justice incluse, se refusent à croire à leurs agissements. Ils sont très doués pour ne pas laisser de traces, ou pour passer pour des gens bien. Du coup, à moins de pouvoir disparaître vous-même, les faire disparaître (des amis dans la mafia?), ou avoir le cul bordé de nouilles (et leur karma fait qu’un camionneur innocent va leur rouler dessus plusieurs fois de suite par accident), il va falloir les subir.
  • dans un JDR—les vampires dans les jeux de rôle ont beaucoup d’avantages par rapport aux humains, bien entendu, mais ils ne sont pas invincibles. Ils ont des relations avec la police, les tribunaux, les avocats, tous les gens dans la politique, etc.—mais est-ce qu’ils sont intouchables? NON. Et c’est là toute la différence avec la vraie vie (à moins que vous ne soyez en vrai un justicier autoproclamé, dans ce cas-là j’ai des listes si vous êtes désoeuvré (je rigole) (mais quand même) (non, Nathalie, le karma bordel!)). Dans un jeu de rôle, ils peuvent tout à fait devenir une proie à leur tour, si les chasseurs sont bien énervés.

Et vous? Comment incluriez-vous les tendances des vrais vampires dans une partie de jeu de rôle? En tant que MJ ou en tant que personnage joueur? Quelles sont les stratégies que vous emploieriez pour assaisonner votre vampire avec une pincée de trouble de la personnalité?

Et si moi j’ai pas envie de jouer un monstre?

On va pas se mentir: les vampires, c’est quand même des vieux pourris moisis qui sentent le pet. Du coup, c’est pas toujours évident pour tout le monde de vouloir jouer un monstre. Je suis sûre qu’il y en a que ça ne dérange pas, et tant mieux pour eux s’ils peuvent trouver du plaisir à ce genre de pratiques, mais même le jeu de rôle Vampire a un mécanisme d’humanité qui encourage les joueurs et joueuses à trouver un équilibre.

Alors comment trouver un entre-deux qui permette de jouer à la fois des monstres sans se sentir complètement corrompu? Y a-t-il des façons de jouer sur la lame du rasoir—en acceptant sa part d’obscurité, tout en essayant de se raccrocher fermement à ce qui nous rend humains?

Je sais, je vous entends déjà rouméguer: “gna gnou gni Twilight les vampires qui brillent saynul bouh Stephenie Meyers sait pas écrire”, mais je trouve la trope du vampire Byronien qui souffre de sa condition tout en étant conscient de sa monstruosité plutôt intéressante. Les Cullens sont un cas rare parmi les vampires de l’univers de Twilight—un des deux seuls clans à avoir choisi de ne pas se nourrir d’humains. Pris de haut par les autres qui ne comprennent pas ce désir de ne pas être des monstres, ils continuent cependant à essayer de vivre une vie qui ne leur est pas adaptée pour respecter le reste de leur humanité.

True Blood

Dans la série de La Communauté du Sud par Charlaine Harris, la plupart des vampires essaient de s’adapter à la vie parmi les humains après avoir fait la révélation mondiale de leur existence—en assurant qu’ils n’étaient plus dangereux pour les humains, puisqu’une alternative synthétique acceptable au sang a été créée (le Tru:Blood).

Mais on voit bien au fil des livres que ces vampires ne sont pas des humains. Leur moralité n’est pas la même que la nôtre. Certains jouent un rôle en faisant mine de s’intégrer dans la société. D’autres essayent vraiment, mais ne réussissent pas réellement.

La relation entre Bill Compton et Sookie Stackhouse a beau sembler romantique au début, Sookie se retrouve emmêlée bien vite dans l’univers sombre des vampires, et elle se rend compte petit à petit qu’elle ne peut pas leur faire confiance, malgré tout l’amour qu’elle peut leur porter.

Je trouve que ce sont deux bons exemples de comment on pourrait procéder, si on veut éviter de jouer un monstre à Vampire. Que ce soit par conviction personnelle et envie de rester au plus proche de votre humanité, ou par commodité pour pouvoir vivre parmi les humains, on marche sur la corde raide.

Peut-être que votre personnage vampire a une bonne raison de vouloir s’accrocher à son humanité. Peut-être a-t-il encore de la famille vivante, dont il ne veut pas se séparer? Peut-être a-t-il été élevé Bouddhiste, et a-t-il envie de respecter la vie—même si c’est extrêmement difficile d’atteindre ce but?

Mais comment jouer un monstre qui ne veut pas en être un? Justement en jouant sur cette dualité. Parfois le monstre va gagner, parfois c’est le côté humain.

Une des tropes connues pour les monstres qui veulent rester accrochés à leur humanité, c’est le compromis: ils vont accepter d’être des monstres le temps d’éradiquer les autres monstres définitivement. Ils partent à la recherche du monstre d’origine pour le tuer, annihilant par ce fait le reste de sa progéniture vampirique. On en voit des exemples dans Supernatural, dans Blade: Trinity, dans The Forsaken, dans Les journaux de la famille Dracul par Jeanne Kalogridis, dans Vampire, vous avez dit vampire?, ou bien dans Vampires de John Carpenter.

Il faut toujours buter le Papounet Vampire pour arrêter sa malédiction, et ça ne finit pas toujours très bien pour sa lignée (vous y compris).

Mon histoire personnelle fait que je jouerais plus volontiers à Hunter, tout de même

Quand j’étais petite, je rêvais d’être un monstre. Je me repaissais d’histoires surnaturelles. Je rêvais de devenir immortelle.

Parce que j’étais une enfant, je ne voyais que le côté fun de la chose: être spéciale, avoir des pouvoirs, être forte contre les autres, appartenir à un groupe de gens spéciaux… Dans mes fantasmes, ça n’allait même pas me faire mal. Le vampire me piquerait tout doucement, le loup-garou ne me mordrait que le petit bout du doigt pour me transformer, etc.

Aujourd’hui, malgré tout l’amour que je porte à l’épouvante et aux créatures surnaturelles, je me verrais plus dans le camp des Hunters. Et d’ailleurs, même si je ne pars pas pieu au poing taper toutes les sangsues du coin, j’agis dans mon quotidien pour aider quand je le peux les victimes des vrais vampires.

Ma meilleure arme, c’est la connaissance.
Son partage, mon meilleur angle d’attaque.
Mon soutien inconditionnel, la meilleure façon d’aider une autre victime à s’émanciper.

En lisant ce dossier, aujourd’hui, vous avez été sans le savoir mon bras armé. C’est comme un Malabar bi-goût: vous avez d’un côté réuni tout un tas d’infos pour vous régaler à jouer des parties de Vampire, et d’un autre côté vous avez appris des secrets concernant les vrais vampires.

Quand une victime viendra se confier à vous, vous saurez.

Quand vous croiserez des vrais vampires—dans la rue, au bureau, au prochain repas de famille… ou pire: chez vous ce soir—vous saurez.

À vous de voir ce que vous ferez de ce savoir.

Merci à Arkhane Asylum Publishing de m’avoir donné la permission d’utiliser les illustrations de leurs livres de jdr!

Féministe multipotentielle et omnipassionnée. Neurospicy, malade chronique, et assidue de la slow life.

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